Elle qui est née Aurélie NGuyen, à la tombée des années 80, s’est toujours entendue appelée
Little, en raison de sa taille (1m58 sous la toise) et peut-être aussi de l’univers confiné qu’elle
est parvenue à bâtir autour d’elle, ce charmant petit monde qu’elle s’apprête maintenant Ã
dévoiler au grand. Son intérêt pour la musique, durant l’adolescence, ne ressemblera jamais Ã
une passion dévorante. Elle préférait le dessin, était plus volontiers du genre à papillonner sur
les ondes pour y butiner les tubes du moment. C’est d’ailleurs en découvrant un jour cet essaim
de filles à peine plus âgées qu’elle, les Jewel, Lene Marlin et surtout Avril Lavigne, qu’elle se
piqua d’en faire autant, par amusement et sans ambitions clairement affichées. Une guitare
appartenant à son père traînait dans les parages, elle avait quelques textes griffonnés sur des
cahiers, l’alliage des deux provoquera des chansons et suffisamment d’étonnement sur son
entourage pour qu’elle ose finalement les mettre en ligne. Sur sa page Myspace, très vite, les
connexions s’embrasent et les compliments pleuvent sur ce qui n’est encore qu’une petite
entreprise rudimentaire, d’obédience folk par manque de moyen plus que par conviction. Sa
Chanson de filles, où elle joue stratégiquement les fausse modeste (« je ne suis pas le genre
de fille dont on est fou amoureux »), résonne comme son Tous les garçons et les filles à elle et
provoque logiquement l’effet craquant escompté.
Parmi les visiteurs, un producteur se présente et aide Little, sans brûler les étapes, Ã
confectionner un ep 7 titres rose bonbon de ses premières démos, si charmantes et vibrantes
qu’il n’y a rien à rajouter. Un concours de remix est lancé en parallèle sur Internet, couronné par
plus de 200 propositions qui vont des plus farfelues aux plus réussies. Un incroyable succès qui
prouve à Little ce qu’elle soupçonne depuis le début : sa musique n’est pas forcément destinée
à stagner dans les vapeurs mélancoliques d’un folk acoustique trois fois plus âgé qu’elle. Elle
rêve d’un disque au diapason de ses goûts, plus pop et canaille, aux humeurs élastiques,
enlevé et euphorisant, capable comme elle de passer musicalement du coq à l’âne, de se
révéler tour à tour espiègle et émouvant, intimiste et pétulant, superficiel et subtil. Sa rencontre
avec l’arrangeur et réalisateur Ludovic Bource, connu notamment pour son travail de
reconstitution minutieux pour la B.O. de OSS 117, va littéralement transformer ces vœux flous en
une nette et belle évidence. Véritable orfèvre en matière d’orchestrations, comme en témoigne le
groovy premier single Je veux des violons, Ludovic Bource apporte aux mélodies ingénues et aux
textes à multiples lectures de Little un supplément de chair et de substance tout en préservant
leur petit cœur palpitant. Grâce à lui, elle s’éloigne du feu de camp des folkeuses pour un
véritable feu d’artifice pop, aux réminiscences sixties et seventies discrètes – on songe parfois Ã
France Gall période Poupée de cire, à la mutine Kate Bush également - mais avant tout
parfaitement contemporain. L’acidulé naturel de la voix de Little, son velouté encore enfantin,
reste évidemment l’atout maître de ces chansons où elle se met en scène alternativement en
fille sensée ou en peste, en confidente lucide comme en tête de linotte impatiente. Car cette fan
de Britney Spears, en dépit d’une timidité qu’elle soigne par un humour assez désarmant,
possède un sens inné du spectacle. Aujourd’hui qu’elle s’apprête à entrer en scène, toujours
guidée par sa bonne étoile, Little est peut-être déjà grande.
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