| ironie, second degré et un certain mépris. Pour ces gens là, la décision de Leslie de fournir avec
Futur 80 un album entier de reprises de tubes des années 80 s'apparentera à un affront d'une
insolence impardonnable, ou tout bonnement à un acte de terrorisme musical, un combat mené
par une enfant des eighties bien décidée à redonner à cette page trop injustement mésestimée
de l'histoire de la musique française la place qu'elle mérite.
Pour les autres, il s'agira juste d'un pur album à la croisée des chemins entre R&B ravageur,
dance futuriste conquérante et une certaine idée moderne de la pop bubble-gum, fine et rusée.
La régression, c'est se protéger des réalités du présent en se recroquevillant dans le confort du
passé, et c'est exactement le contraire de ce que Leslie a fait avec Futur 80. Chaque morceau est
réinterprété par l'équipe Kore et Bellek, plus en forme que jamais. Les gars s'éclatent et en
profitent pour faire partir les morceaux dans des genres musicaux qu'ils n'avaient jusqu'à
présent fait qu'effleurer. Ils prennent le R&B de Leslie et l'étirent jusqu'à ce qu'il touche la dance,
l'électro et des genres indescriptibles totalement contemporains qu'ils inventent eux mêmes
sans le vouloir. C'est comme si Kore écrivait le scenario d'un film dans lequel le dieu de la
Trance aurait convoqué Timbaland au Metropolis de Pondorly pour lui demander des droits
d'auteur sur les petits synthés du "My love" de Justin Timberlake.
Franchement, tout est permis depuis que Rihanna a repris Soft Cell, et le chemin de Leslie est
fascinant: il va de la pop au R&B pour revenir aux années 80 et se propulser vers la dance music
la plus actuelle. Mais avant tout, Leslie laisse parler son cœur, son gout sincère et spontané
pour la musique de cette époque qu'elle n'a connue que bébé.
Elle explore, elle s'échappe, elle s'amuse.
Et elle peut se le permettre. Ce n’est pas non plus comme si Leslie avait quoi que ce soit à
prouver. Après deux albums certifiés disque d’or (« Je suis et je resterai ») et double disque d’or
(« Mes couleurs »), plusieurs tubes (« Et j’attends », « Sobri » avec Amine, « On n’sait jamais »
avec Magic System…), Leslie avait tenté sur son dernier album une incursion vers des territoires
pop électroniques quasi inconnus des français à l'époque. Son titre "A l'envers de la terre"
donnait clairement un indice quant à l'orientation "future pop" de la nouvelle Leslie, bien avant
l’explosion des midinettes franchouillardes de l'électro bubble-gum post-Fergie d'aujourd'hui.
Autre indice de taille: en bonus track sur le précédent album une reprise très Miami Bass de
"Comme un ouragan" de Stéphanie de Monaco. L'idée ne demandait qu’à être développée sur
un album à la fois osé, impertinent et évident: Futur 80.
Mise au point
Mise au point de Jackie Quartz subit un lifting, un véritable relooking extrême. Si l'originale
appartient clairement au fascinant genre musical "spoken word de variété 80", la version de
Leslie qui injecte de la mélodie dans les parties parlées des couplets, n'est absolument rien
d'autre qu'un morceau parfait de R&B. Le fantôme du tragique "Rock The Boat" d'Aaliyah hante
les dernières mesures de ce titre d'une mélancolie rare et touchante.
Boule de flipper
Pour définir les morceaux à la fois dansants et tristes qui te font pleurer sur la piste, nous
emploierons dorénavant le terme "Cry dance". Et bien Leslie transforme le "Boule de flipper" de
Corynne Charby, chanson "parfaite pour la douleur et la défaite", en pur moment de cry dance. On
dirait un épisode de Desperate Housewives mis en musique. Le synthé qui apparait au beau
milieu de la chanson nous renvoie à Talk Talk, groupe repris par No Doubt il y a quelques
années pour un morceau qui préfigurera un premier album solo de Gwen Stefani pas si éloigné
de "Futur 80". Leslie qui fait de la new wave sans le savoir, c'est tellement "cry dance".
Tes états d'âme Eric
Probablement l'un des plus beaux textes de la pop française, « Tes états d'âme Eric » de Luna
Parker chanté en duo par Leslie et Teki Latex sonne comme un fantasme de nerd devenu réalité,
un cadeau de Noël pour ceux qui ont toujours rêvé de voir s'unir les extrêmes musicaux. La voix
cristalline de Leslie trouve en celle de Teki, écorchée et animale, un complément qui semble
instantanément évident. La production, qui s'apparente à un genre de Rihanna sous perfusion
de Daft punk, option auto tamponneuses qui seraient passées dans "Pimp my ride", transforme
le tout en futur tube implacable pour les clubs. Le genre de truc tellement bien qu'il te force à
parler à la troisième personne.
Eve lève toi
La reprise du « Eve lève toi » de Julie Pietri est absolument massive. La sensation que procure
la scansion sans ponctuation de ce refrain new wave légèrement auto-tuné est absolument
onirique. Comme un robot sans merci qui avance sur la ville en écrasant les restes d'un monde
dévasté, pour faire renaitre une nouvelle Eve générée par ordinateur: Leslie. Osera- t'on
reconnaitre que les cordes synthétiques rappellent la « Girl Boy Song » d'Aphex Twin? Un
morceau d'une puissance exemplaire.
La fièvre dans le sang
Le morceau commence, quelques vocalises de Leslie, des arrangements pop modernes, et
soudain une voix familière qui raisonne: c'est la voix rassurante d'Alain Chamfort, faisant
basculer automatiquement tout l'album en plein dans la grande tradition de la pop française
exigeante. Leslie féminise le texte, lui donnant un sens légèrement différent, collant encore plus
au reflet 2007 de la complexité des rapports de séduction entre les hommes et les femmes.
Johnny Johnny
Jeanne Mas est la marraine de toutes les petites filles Emo d'aujourd'hui. Leslie transforme le
morceau en douceur, s'imprégnant de sa mélancolie mais replaçant le trip "rockeur blessé"
dans un contexte plus urbain. C'est du Jeanne Mas, mais dansable dans une soirée hip hop.
Les Bêtises
Leslie s'empare complètement des bêtises et fait ce qu'elle veut avec. Le morceau, devenu tube
R&B ultra dansant, gagne encore en espièglerie, mais prend une tournure plus dramatique. En
gros, là où sabine Paturel jouait la fausse innocente, on a l'impression que Leslie sait très bien
ce qu'elle fait. Un morceau qui aurait pu sonner comme un gadget naïf mais qui se dévoile être
en réalité plutôt du genre fort et classe.
Les parfums de sa vie (je l’ai tant aimée)
Le tempo redescend avec les parfums de sa vie d'Art Mengo. La fragilité de Leslie se mêle à
merveille à la scène toulousaine épicée des eighties. Art Mengo et son héritage "Nougaroesque"
est déjà ce que la variété 80 avait de plus proche de la soul et du jazz enfumé. Leslie fait ressortir
l'émotion de ce morceau, probablement le plus adulte de Futur 80.
Africa
Africa de Rose Laurens fait un peu écho à "On n'sait jamais", le tube de Leslie et Magic System
sorti en 2002. Le thème de l'amour d'une étrangère pour l'Afrique, c'est exactement ce qu'il fallait
pour tisser le lien entre la Leslie d'avant et celle d'aujourd'hui. Le beat, complètement dans l'air
du temps, marie le meilleur des productions pop urbaines à un certain feeling synthétique
européen.
Canoë rose
Leslie s'attaque au « Canoë rose » de Viktor Laszlo et le résultat est l'un des grands moments
de douceur de Futur 80. Bruits de craquements de vinyle, nappes cinématographiques, couplets
parlés, arrangements "Electronica"... cet attachant slow pop a tous les ingrédients nécessaires
pour transporter l'auditeur dans une ambiance sombre et brumeuse digne d'un grand générique
de fin.
Teki Latex
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